La Foire du Mans a historiquement toujours été une Foire à la fois commerciale et agricole (voir p. 33). Nous rencontrons donc traditionnellement les commerçants, mais aussi les agriculteurs, acteurs majeurs de la Foire du Mans. Ainsi nous avons souhaité donner la parole à Philippe Dutertre, qui est à la tête de la chambre d’agriculture de la Sarthe depuis juin 2025. Dans un contexte de crise climatique, cet agriculteur de 49 ans en polyculture-élevage, installé à Chemiré-le-Gaudin, revient sur la canicule et sur les thèmes qui seront proposés sur le stand de La Foire du Mans notamment autour du sujet crucial pour l’agriculture de la gestion de l’eau.
Des nouvelles du monde agricole sarthois ?
Il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles. Au chapitre des bonnes nouvelles : les cours de la viande étaient remontés depuis deux ans et les fièvres catarrhales ont été circonscrites. Quant aux mauvaises nouvelles, c’est essentiellement la météo avec les canicules : les cultures ont besoin d’eau, les éleveurs sont inquiets pour l’alimentation du bétail au prochain hiver… Plus structurellement, et c’est un autre problème, on perd des agriculteurs en Sarthe tous les ans. D’après le dernier recensement en 2020, nous étions 4.260 exploitants agricoles en Sarthe. On était 20 % de plus en 2010, et le double en 2000 ! Notre département se caractérise par une forte production de volailles (20 % de la production française de volailles Label Rouge), mais globalement la production est assez diversifiée : 40 % en production végétale, 19 % en viande bovine et porcine, 17 % en volailles, 17 % en lait de vache et 7 % en œufs et autres productions animales.
Comment enrayer ce processus ?
En donnant envie à nos jeunes de faire ce métier. La Chambre d’Agriculture de la Sarthe investit beaucoup sur la formation des jeunes. Il y a le lycée Agro campus de la Germinière à Rouillon, et 2 autres lycées agricoles sur Sablé et Bernay en Champagne. Les étudiants y suivent des études en Bac Pro et BTS (bac + 2) et sortent bien formés pour pouvoir vivre dans de bonnes conditions d’un métier formidable. C’est un travail de passion qui nécessite des connaissances de plus en plus larges.
Que va-t-on trouver sur votre stand à la Foire du Mans ?
Il y aura une partie vente dégustation des produits issus de notre label « Bienvenue à la Ferme » avec des tables pour s’asseoir et prendre un repas pour le public. Une autre partie du stand de 50 m2 sera destinée à accueillir nos agriculteurs, pouvoir échanger avec eux, avec leurs problèmes quotidiens, notamment dans la gestion des dernières canicules. C’est d’ailleurs le thème qui sera développé par la Chambre d’agriculture : les explications du cycle de l’eau, les progrès réalisés par les agriculteurs dans la bonne gestion de la ressource, et les solutions futures pour mieux l’affronter. Sur notre stand seront aussi présents la SAFER qui gère la mise sur le marché des terrains fonciers, ainsi que la MSA (Mutuelle Sociale Agricole)et l’AFDI (Agriculteurs Français et Développement International).
Comment relever le défi futur des changements climatiques ?
D’abord il faut savoir que seulement 8 % de la Surface Agricole Utile en Sarthe est irriguée. Contrairement à une idée reçue, la culture de maïs ne consomme pas plus d’eau que beaucoup d’autres plantes, par contre elle a besoin d’eau au moment où elle est moins présente en été… C’est pourtant une plante essentielle pour nourrir les troupeaux l’hiver. Pour mieux gérer la ressource, il existe des solutions : les agriculteurs investissent de plus en plus dans les sondes d’irrigation, plantées jusqu’à 80 cm sous le sol à l’endroit des racines : elle renseigne l’agriculteur avec plus de précision sur la nécessité ou non d’irriguer. Ensuite de nouvelles techniques d’arrosage sont proposées mais dépendent de la multiplicité de paramètres à prendre en compte : nature des sols et des cultures, moyens humains et financiers, climat local, objectifs de rendement…. Autre solution que j’utilise sur mon exploitation : apporter un couvert végétal afin d’éviter que les terres ne soient à nu entre 2 cultures. Le couvert végétal garantit une activité biologique des sols, permet d’éviter leur érosion quand il y a de fortes pluies, et de maîtriser le lessivage des nitrates qui seraient emportés par ruissellement. C’est enfin un refuge pour la biodiversité plutôt qu’un terrain à nu.
Et sur le fameux stockage de l’eau qui crée de l’incompréhension entre les « pour » et les « contre » ?
L’évolution du climat favorise une ressource abondante par épisodes de fortes pluies, puis une ressource absente pendant des semaines, parfois des mois… Il est donc logique de stocker l’eau dans un contexte encadré et de bonne gestion. Globalement l’activité agricole est utile pour contrer les conséquences désastreuses des sécheresses à répétition : un exemple en cas d’incendie, les surfaces cultivées sont le plus souvent les meilleurs remparts à la propagation des feux, on l’a vu récemment avec les vignes qui stoppent les feux, et même une surface de maïs bien irriguée est une barrière naturelle aux incendies. Donc il convient d’expliquer et de s’écouter tous ensemble, ce que nous ferons sur le stand de la Chambre d’Agriculture à la Foire du Mans.








