PIERRE GOUYÉ, ÉLEVEUR DE CHEVAUX DE COMPLET : « LE GRAND DÉFI, C’EST DE RAMENER DU SANG SANS PERDRE LA QUALITÉ DE SAUT »

Dans un monde bientôt dominé par les machines et l’intelligence artificielle, ce reportage nous a fait du bien… C’est une rencontre avec un homme qui a les pieds bien ancrés dans la terre, qui n’a pas son téléphone greffé à l’oreille, et qui reste connecté avec la Nature. Pierre Gouyé est éleveur de chevaux, classé n°1 français à la SHF dans la catégorie chevaux de CCE (excusez du peu !) et présente un parcours aussi singulier que profondément humain. Derrière cette page à la tonalité animale se dessine bien plus qu’un simple récit : la transmission de valeurs comme l’authenticité, le respect animal, l’harmonie avec la nature… Quelle chance ont ses enfants d’entrevoir… un jour… ce bel héritage du patrimoine de l’élevage français.

Une pouponnière de futurs champions élevés naturellement

Nous arrivons sur les terres de Pierre aux cris des grenouilles, paons, chiens et chevaux. Il nous assoit à une table ombragée et commence son histoire assez méconnue des sarthois, tant l’humilité et la simplicité le rendent un brin secret auprès des médias. Pierre et sa petite équipe s’occupent d’une centaine de chevaux dans un coin perdu de la Sarthe… « Nous élevons nos chevaux en troupeau par catégorie d’âge. Nous avons 15 juments qui mettent bas chaque année. L’hiver nous les rentrons en stabulation pour préserver les herbages » Son fils nous rejoint. Simon a 17 ans et démarre en septembre une formation Bac Pro CGEH (Conduite et Gestion d’une Entreprise Hippique) à Fondettes (37). Autant dire que Simon a pris le virus de Pierre, très heureux d’entrevoir la transmission du travail accompli depuis 25 ans « Je pense que mon travail sera la réussite de la 2ème génération, car ce travail de sélection s’inscrit dans le temps long. » Explications….

La rencontre avec Axel Coutte (Le Lude) va tout changer

Au départ Pierre attrape le virus de l’équitation avec les Concours de Saut d’Obstacles. A chaque vacance il se délecte de retrouver la campagne de Chenu (72) où la famille dispose d’une maison de campagne. Il rêve de devenir cavalier professionnel mais aussi de voir naitre un poulain de sa jument de cœur. Il se découvre une passion pour l’élevage et poursuit les poulinages  les années suivantes. Il s’installe à temps complet en Sarthe et décide de lancer sa structure mais ne peut pas en vivre aux débuts… Alors il lance en parallèle une entreprise d’élagage et d’entretien des espaces verts « La journée je grimpais dans les arbres et le soir je m’occupais de mes chevaux ». Puis il y a 12 ans il éprouve des difficultés de dressage avec une jument et sa femme Ludivine lui conseille de la confier à un cavalier professionnel local de CCE, Axel Coutte, installé au Lude. « J’ai découvert le monde du Complet avec Axel, moi qui venais du CSO. Notre bonne entente s’est transformée en collaboration. Moi je sélectionne et lui il valorise en apprenant le complet aux chevaux dès 3 ans». Cette collaboration va tout changer pour Pierre et Axel… C’est là que l’Histoire devient incroyable….

Banzaï du Loir : un premier poulain exceptionnel ! Fruit du travail d’une vie…

« Il est né tout tordu, chétif, il avait le nombril qui dépassait, les pattes bizarrement un peu tordues… » se remémore Pierre qui ne peut s’empêcher de verser une larme à chaque fois qu’il raconte l’Histoire de Banzaï-du-Loir… devenu 12 ans plus tard champion du monde de Concours Complet d’Équitation (voir encadré ci-après). « Contrairement au CSO où les origines emportent tout, dans le Complet c’est davantage le travail de sélection de l’éleveur qui est valorisé » précise Pierre. « Il ne faut pas simplement un bon sauteur en CCE, le cheval doit aussi avoir du sang pour encaisser les plus de 10 minutes de cross et les 20 obstacles parfois monstrueux qu’il faut enchainer ! » Et Pierre de souligner l’objectif de tout éleveur de chevaux de  Complet : « Le grand défi c’est de ramener du sang au le cheval sans détériorer la qualité de saut. Moi j’utilise beaucoup les étalons anglo-arabes, car mes juments sont toutes des selle-français ». 

Ses 15 juments qui produisent pour son élevage ne donnent pas des Banzaï à tous les coups : « En moyenne sur les 15, c’est un tiers qui n’aura pas le niveau, 1/3 qui fera une carrière honorable, et 1/3 qui pourra parcourir le monde avec sur leur dos des cavaliers internationaux. » Quant aux juments qui ont passé l’âge de mettre bas, elles ont un pré de 20 hectares pour couler une belle retraite, sur des collines près de Chenu. Respect Monsieur l’éleveur !

BANZAÏ DU LOIR : UN CHEVAL HORS-NORMES

Situées au Lude, les écuries de Vaunaval ont été créé par Caroline et Axel Coutte, spécialiste du dressage des jeunes chevaux. Axel et son salarié Stephen travaillent exclusivement les jeunes chevaux de Pierre Gouyé dès 3 ans et les montent tous les jours. Le graal est de les amener au Mondial des jeunes chevaux du Lion-D’angers, où s’affrontent chaque année le gratin mondial du Concours Complet d’Équitation (CCE). Banzaï du Loir avait terminé 19ème en 2018, si bien que l’anglaise Yasmin Ingham l’avait acheté par l’intermédiaire de Laurent Bousquet (cavalier et célèbre entraineur sarthois). Avec Banzaï-du-Loir, elle est devenue Championne du Monde de CCE en 2022 ! « Nous étions dans le canapé d’Axel devant notre télé et nous avons sauté de joie » commente Pierre sous le coup de l’émotion encore 4 ans plus tard. Et aujourd’hui les plus grands cavaliers du monde du CCE passent par la campagne sarthoise, et achètent à Pierre et Axel les futurs cracks du Complet. Donc aux prochains JO si vous voyez un cheval prénommé « du-Loir » vous saurez qu’il est sarthois !

Bruno Réchard

Bruno Réchard, rédacteur en chef du Petit Sarthois

IA

Nous suivre

Vous aimez la Sarthe ? Alors vous aimez le Petit Sarthois… Suivez-nous ;-)

PUBLICITÉ