RENCONTRE AVEC LUDOVIC ARNAULT (ACO),  L’EXPERT DES FLUX DE SPECTATEURS

Le succès des 24 heures du Mans repose aussi sur la bonne gestion des flux de spectateurs. Depuis 2022, l’ACO a recruté un expert dans le domaine en la personne de Ludovic Arnault, Directeur Adjoint des Opérations et notamment en charge de la coordination des flux. Son travail remarquable permet de limiter le temps d’acheminement vers le circuit, mais aussi de fluidifier la circulation à l’intérieur du circuit, qui accueille jusqu’à 180 000 personnes en simultané le dimanche ! Comprendre les coulisses des 24 heures du Mans, c’est aussi mieux apprécier les compétences des équipes de l’ACO, qui œuvrent dans l’ombre à la satisfaction des spectateurs.

Quel est votre parcours ?

Au départ il y a l’édition du centenaire : l’ACO voyait bien que l’évènement allait provoquer le doublement de l’affluence de spectateurs ! Vincent Beaumesnil, Directeur des Opérations, m’a contacté car je m’occupais du sujet pour le Grand Prix de France de Formule 1 au Castellet, qui avait connu une expérience malheureuse en 2018 avec une gestion compliquée de l’acheminement des spectateurs qui avaient pour beaucoup manqué une partie du spectacle… L’une des mesures adoptées par l’ACO était de nommé un coordinateur général ayant pouvoir de prendre les bonnes décisions, et de les imposer à toutes les parties prenantes de l’événement.

Comment avez-vous appréhendé l’ampleur de la tâche ?

La bonne gestion de la circulation des spectateurs est avant tout un problème mathématique. J’aime bien la métaphore sur la plomberie : le parking c’est comme une baignoire, les routes comme des tuyaux ! Si vous avez une baignoire de 2 000 litres et que le tuyau a un débit de 500 litres par heure, vous mettrez 4 heures à la remplir. Le parking c’est pareil. Nous avons donc procédé à trois ajustements, réduire la taille des parkings, inciter les spectateurs à venir en mobilité douce (à pied, en transports en commun, en vélo, en trottinette…) et enlever les zones de cisaillements.

Pouvez-vous développer ces 3 idées ?

Le cisaillement c’est lorsqu’un passage piéton coupe une route d’accès. Une route en moyenne débite 1500-1800 véhicules par heure, mais cela tombe à 350-400 véhicules par heure en cas de passage piétons. Il a donc fallu poser des passerelles, quatre ont été construites en dur (comme Maison Blanche), d’autres sont temporaires. Pour ce qui concerne la réduction des parkings, je prends l’exemple de l’ancien parking bleu (Ouest) qui était anciennement le grand parking gratuit. En fait au final nous avons dorénavant une quinzaine de parkings : les plus proches sont destinés à ceux qui travaillent, puis certains sont payants et pas trop éloignés (Tertre Rouge, Panorama), d’autres gratuits mais à 15 mn de marche (Raineries, Actisud), et enfin les plus éloignés sont gratuits et accessibles par navette (parking au 2ème RIMA). Enfin, pour favoriser les mobilités douces nous avons décidé de diminuer le coût des billets d’entrée.

Et à l’intérieur du circuit, on a l’impression que tout est plus fluide ?

Oui car nous avons investi dans de nouvelles fanzones attractives avec de la restauration, des zones ombragées, de des buttes spectateurs. L’objectif est d’étirer le site afin de déconcentrer la densité dans les points de fixation. Il faut dire aussi que l’absence de pluie en 2025 nous a aidé car quand il pleut tout le monde cherche à se mettre à l’abri et on ne peut pas couvrir tout le circuit.

Bruno Réchard

Bruno Réchard, rédacteur en chef du Petit Sarthois

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