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Entretien avec Sébastien Cornille, Domaine de la Roche Bleue : « Le Jasnières est un vin de gastronomie »


Sur les tables familiales, dans les plus grands restaurants parisiens et même à l’Elysée, ses crus recueillent tous les applaudissements. Toujours prêt à innover, Sébastien Cornille a invité l’été dernier sept grands Chefs à cuisiner des produits locaux et à les associer à des vins de son domaine. Une expérience qu’il renouvellera sous une autre forme prochainement. Pour Le Petit Sarthois, le vigneron établi à Marçon nous éclaire avec passion sur son métier et les vins de notre terroir.



Le Petit Sarthois évoque l’histoire du Jasnières. Et vous, à quand remonte votre expérience d’une vieille bouteille de la région ?

Tout récemment ! Début octobre, j’ai eu la chance de partager une bouteille de 1947, originaire de Marçon. On ne sait s’il s’agissait d’un Jasnières ou d’un Coteau-du-Loir mais c’était juste magnifique… On était sur des arômes de miel et truffés. Il était encore « en place » et jeune alors qu’il était très vieux… Je n’ai pas bu d’autres vins pendant une semaine afin de rester sur cette sensation qui m’avait procuré beaucoup d’émotion. Un grand vin, nous avons encore son goût dans la bouche plusieurs jours après l’avoir bu.

Comment un natif du Sancerre est-il arrivé à Marçon, en 2007 ?

Mon père était potier, proche de la terre. La terre, c’est le terroir, la nature. C’est ce à quoi j’ai vite aspiré. J’ai donc fait mes armes dans la vigne, au début de la lutte « raisonnée ». Mais j’ai eu des envies d’ailleurs et je suis donc parti sur l’île de la Réunion pour développer le vignoble, former les producteurs avec un associé… Mais le climat n’étant pas à la hauteur du terroir, j’ai eu envie de revenir. Et particulièrement pour une petite appellation sur un beau terroir de chenin sec. Le Jasnières fut donc une évidence. Et j’ai vite découvert qu’il y avait aussi un superbe cépage de Pineau d’Aunis à développer avec un bon travail de vinification.

Comment expliquer le succès actuel du Pineau d’Aunis ?

Il est en effet devenu le vin à la mode à New York, au Canada, au Japon. Ou plus récemment en Suède, où pour ma part, je compense un peu les pertes de volumes exportés en Amérique à cause de la crise sanitaire.… C’est un vin gourmand. Comme le Pinot Noir, il a une belle typicité, fluide et élégante sans être opulente. Il peut donc être servi avec tous les plats. Avec le Jasnières, le Coteaux-du-Loir et maintenant l’Aunis, le terroir sarthois recèle vraiment des trésors.

On dit souvent que le Jasnières ne ressemble à aucun autre vin. Pourquoi ?

Sur un Chenin comme le nôtre, le cépage est au service d’un grand terroir. Il ne le dépasse pas, contrairement au Sauvignon, où sur un terroir moyen, il est possible un faire un vin plaisant et facile. Sur nos terres pourvues en argilo-silex, les Jasnières expriment pleinement la salinité, l’iode du sous-sol et la minéralité du silex en surface. On retrouve cette profondeur dans peu de vins, les Savennières et les Anjou Noir, par exemple.  

Comment faites-vous face au réchauffement climatique ?

On ne va pas lutter contre… Il faut s’adapter. Les étés sont devenus très chauds et secs, les hivers doux et les printemps un peu plus froids avec des risques de gels plus importants. Les récoltes sont de plus en plus précoces avec des degrés d’alcool plus élevés. La viticulture est donc en mutation. De mon côté, c’est l’agro-tourisme que je souhaite développer, afin de montrer notamment que le Jasnières est un vin de gastronomie, même un vin de sommelier. J’accueillerai par exemple prochainement des collègues vignerons qui présenteront leurs vins et des restaurateurs qui proposeront des plats à toute heure de la journée. On proposera ensuite aux visiteurs des balades dans les environs.   

Bruno Réchard

Bruno Réchard, rédacteur en chef du Petit Sarthois

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