Dossier, l’économie en Sarthe
Pharo - Architectes et Urbanistes

L’économie en Sarthe

L’économie de la Sarthe dispose d’atouts mais aussi de points de fragilité. Les spécificités industrielles du tissu économique soutenues par des établissements de grande taille lui permettent d’atténuer les effets de la crise sur l’emploi. Cependant, cette économie concentrée sur peu d’établissements appelle les acteurs publics à relever les enjeux de maintien de ces poids lourds sur le territoire et de diversification des activités. C’est ce que révèle le diagnostic de l’économie de la Sarthe réalisé en la comparant à des départements proches au regard du nombre d’habitants, de la proximité de Paris et du statut administratif de la ville principale. La crise a durement frappé les établissements du secteur privé installés depuis plus de dix ans dans le département. La proximité avec la région parisienne bénéficie à l’économie de la Sarthe mais pas autant qu’aux autres départements de comparaison.

Dossier Réalisé par David Amonou et Sonia Besnard de l’INSEE Analyse Pays de la Loire N°48 de Juillet 2017

Dans les Pays de la Loire, le chômage touche plus fortement les Sarthois : fin 2016, il atteint 9,5 % des actifs, soit le taux le plus élevé des départements de la région. Cependant, au sein d’un référentiel de départements comparable, le chômage sarthois est d’un niveau médian. Aborder l’économie de la Sarthe à l’aune de ce référentiel permet d’en révéler les forces, les faiblesses et les enjeux spécifiques.
Depuis la crise de 2008, l’emploi dans la Sarthe diminue. En 2013, 64,6 % des Sarthois en âge de travailler occupent un emploi, soit un recul de 0,8 point en cinq ans. Les principaux employeurs du secteur privé se situent dans la métropole mancelle (figure 1). La zone d’emploi du Mans couvre la majeure partie du département et concentre les trois quarts des emplois. Toutefois, certains grands établissements installés en périphérie du département maintiennent une activité économique dans des territoires moins densément urbanisés.

En 45 ans, l’économie de la Sarthe passe de plus agricole à plus industrielle

En 1968, les emplois dans l’agriculture sont aussi nombreux que dans l’industrie : chacun de ces secteurs contribue à un quart des emplois du département. L’économie sarthoise est alors plus agricole que celle du référentiel (17 % des emplois) et moins industrielle (31 %). En 45 ans, le nombre d’emplois agricoles est divisé par cinq, ne représentant plus que 4 % de l’emploi en 2013. La désindustrialisation est moins marquée dans le département : la part des emplois industriels diminue de 6 points alors qu’elle recule de 14 points dans le même temps dans le référentiel. Aujourd’hui, 19 % des emplois sont industriels contre 17 % dans le référentiel. En parallèle, le tertiaire se développe fortement et représente désormais sept emplois sur dix. Cette tertiairisation de l’économie transforme la structure de l’emploi. Enfin, la part de l’emploi dans le bâtiment et travaux publics est comparable au référentiel (7 % en 2013).

Carte Groupes Sarthois
Source : Insee, Recensement de la population (RP) 2013, Connaissance locale de l’appareil productif (Clap) 2014
Le tissu industriel résiste mieux à la crise… notamment dans l’automobile.

Comparée au référentiel, l’économie sarthoise se singularise par ses spécificités dans l’industrie automobile, l’industrie agroalimentaire, l’industrie du papier et les activités financières et d’assurance. Ces spécificités tiennent à la présence d’établissements emblématiques : Renault et MMA au Mans ou encore LDC Sablé à Sablé-sur-Sarthe. Les secteurs d’activités industriels frappés par la crise perdent des emplois, mais de manière moins forte que dans le référentiel.
Ainsi, l’emploi industriel résiste mieux entre 2008 et 2014. Il diminue de 2 % par an dans la Sarthe, contre 2,8 % dans le référentiel. Préserver les spécificités sectorielles du territoire apparaît comme un enjeu majeur pour soutenir son économie. L’existence d’une filière automobile de poids (encadré 2) combinée à la notoriété des 24 Heures du Mans peut se révéler une opportunité de développement économique.
Entre 2008 et 2014, les hausses d’emplois sont sensibles dans les activités de services dédiés aux entreprises ainsi que dans l’hébergement, la restauration, la santé humaine et l’action sociale. L’emploi salarié progresse dans ces dernières activités à un rythme plus élevé que dans le référentiel, montrant des perspectives favorables pour l’économie liée au tourisme et au sanitaire et social.

…et s’appuie sur de grands établissements

Dans la Sarthe, l’emploi privé se concentre autour de quelques établissements : 9 % des postes salariés du département dépendent des dix plus grands. Ainsi, les établissements privés de plus de 500 salariés regroupent 11 % des emplois, concentration deux fois plus forte que dans le référentiel. Cette forte dépendance à quelques agents économiques peut fragiliser le marché du travail. Excepté pour LDC Sablé et la SETRAM (transports en commun de l’agglomération mancelle), les centres de décision de ces grands établissements se situent en dehors du département. Ils sont localisés en Île-de-France ou à l’étranger pour NTN Transmissions, Claas Tractor, Alcoa Fixations Simmonds, Souriau et GKN Driveline.
Globalement, 54 % des salariés sarthois dépendent d’entreprises dont le centre de décision n’est pas dans le département, part comparable à celle du référentiel (52 %). Le département attire des investisseurs internationaux : 12 % des salariés travaillent dans des établissements appartenant à des groupes étrangers en 2013. Cette dépendance à l’international est relativement faible pour un département en marge de la région parisienne, les autres départements du référentiel ayant des taux de dépendance s’échelonnant de 11 % à 18 %.

Schéma des activités de la filière  automobile dans la sarthe
Schéma des activités de la filière automobile dans la sarthe
Des enjeux en matière de qualification et de renouvellement de la main-d’œuvre

Dans un contexte de montée en qualification des emplois et d’augmentation du niveau de diplôme, un des enjeux est d’accompagner la main-d’œuvre sarthoise dans cette voie. Dans le département, 30% des jeunes de 18 à 24 ans sont élèves, étudiants ou stagiaires, ce qui est équivalent au référentiel. Les adultes de 25 à 34 ans sont plus souvent diplômés du supérieur qu’à la fin des années 1990 : 36 % en 2013 contre 23 % en 1999. Dans la Sarthe, les actifs occupent moins souvent des emplois de cadres ou de professions intermédiaires (35 % contre 37 %) et sont plus souvent ouvriers (28 % contre 26 %) que dans le référentiel.
Comme dans le référentiel, 27 % des actifs occupés ont plus de 50 ans, ce qui représente 60 500 emplois. La question du renouvellement de la main-d’œuvre va se poser dans les années à venir, en particulier parmi les professions libérales, les agriculteurs, les commerçants et les chefs d’entreprises de 10 salariés ou plus. Au sein de ces professions, cette tranche d’âge représente 40 % ou plus des emplois.

Les Sarthois profitent de la proximité de Paris, mais moins que les autres départements

Les emplois sur le territoire génèrent des salaires versés à des actifs sarthois mais également à des actifs résidant en dehors du département. De la même manière, les Sarthois travaillant à l’extérieur du département perçoivent des salaires qui sont en partie dépensés à l’intérieur du territoire de résidence. Ces revenus captés par les Sarthois sont plus importants que ceux drainés en dehors du département. Ce solde positif augmente la masse salariale des Sarthois travaillant en Sarthe de 8 %. Cependant, ce gain est trois à six fois inférieur à ceux de l’Aisne, l’Eure-et-Loir, l’Eure et l’Oise. Ces départements tirent davantage bénéfice des pôles d’emplois de la région parisienne. Même si l’influence de la proximité de Paris sur l’économie sarthoise est moindre que dans ces autres territoires, les échanges de salaires avec la zone d’emploi de Paris participent pour 45 % à ce gain de masse salariale.


Bruno Réchard

Bruno Réchard, rédacteur en chef du Petit Sarthois

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