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« LE GRAND NOIR DU BERRY : UNE RACE D’ANES A SAUVER »

Ils ont des yeux doux cerclés de blanc, de grandes oreilles, sont un poil collants mais tellement attendrissants, ce sont les Grands noirs du Berry, une race d’ânes en voie d’extinction que Priscil Laurin, une Bonnétablienne, élève avec passion et veut sauver. 

Priscil Laurin et ses Grands Noirs du Berry

Comment est née cette passion pour les grands noirs du Berry ?

C’est un peu le hasard, même si j’ai toujours aimé les équidés. Lors de l’enterrement d’un grand oncle, une cousine de maman m’a dit élever des ânes. Or j’ai toujours adoré les ânes.  Et pour la fête des mères, ma fille Mathilde et mon mari m’ont offert un petit mâle entier, Rubis. C’était il y a 16 ans et c’est le début de mon élevage. Rubis a très vite été agréé comme reproducteur et tout s’est enchaîné. Il a été sacré trois fois Champion de France en modèles et allures.

Combien en avez-vous désormais ?

Je suis devenue éleveuse de cette race en voie de disparition. J’ai 12 ânes. Ce sont des ânes solides, de bonne taille, les mâles toisent 1m 45 au maximum, et les femelles 1m 42. On peut les monter, les atteler, les bâter. Mes ânes vivent dans un grand pré à Prévelles, mon petit coin de paradis, et tous les jours, après mon travail, je vais les voir, je m’en occupe. Je les travaille, je fais une désensibilisation à tous les objets naturels : bâche, plots, tapis pour qu’ils n’aient peur de rien quand ils vont se promener. Dès leur naissance, je manipule les ânons, les brosse, les chouchoute, leur prend les pieds. Ce sont des animaux très sociables, même trop. (Rires). Quand je refais les clôtures, ils sont tous autour de moi.

A partir de quel âge peuvent-ils travailler ?

A partir de 3 ans et demi, on leur met le tapis, le surfaix et on les balade sur la route pour les habituer. A cet âge-là, on peut commencer l’attelage sans charges lourdes. On peut les monter à partir de 5 ans et demi, 6 ans, sachant qu’ils sont adultes entre 5 et 6 ans. Les ânes sont utilisés pour les loisirs, la randonnée avec des ânes bâtés, pour la cosmétique (savons, produits au lait d’ânesse), pour le maraîchage…  Moi, j’ai vendu un mâle castré pour le travail dans les vignes, dans le Bordelais. Il faut tout de même savoir que les ânes peuvent vivre 40 ans. Mathilde, ma fille, c’est la relève. (Sourire de Mathilde et commentaire : je suis née avec Rubis alors forcément ça marque !).

Parlez-nous d’Isis, votre petite miraculée ?

Isis était mal placée dans le ventre de sa mère. Elle est née avec un problème à la tête et au coude et avec la queue cassée. Elle ne pouvait pas se lever. Mathilde m’a beaucoup aidée. Nous l’avons nourrie au biberon toutes les deux heures. Je tirais le lait de sa mère. J’en ai fait des allers et retour Bonnétable-Prévelles ! Je suis allée voir mon patron et je lui ai dit que je prenais 8 jours de vacances pour m’occuper de mon ânon. Et cette année, Isis est confirmée pour la reproduction. Nous l’avons sauvée. C’est notre petite miraculée, notre fierté !

Les Grands Noirs du Berry

Et les vacances ?

On ne peut pas en prendre, mais nos ânes sont tellement mignons. Mes vacances, c’est dans mon champ entouré de mes grandes oreilles. 

Y aller tous les jours, par tous les temps, ce n’est pas lassant ?

C’est vrai que parfois c’est dur, mais j’oublie tout quand j’arrive dans mon champ et que je vois mes ânes braire. Pour les naissances, j’y vais toutes les deux heures, même la nuit. Et quand quelque chose me tracasse, je n’en dors pas. 

Et les concours ?

Cette année, Jade, deux ans, est première au championnat de France à la grande foire de Lignières, dans le Berry, berceau de la race. 

Quel avenir pour cette race ?

Nous ne sommes que deux éleveurs en Sarthe et encore mon collègue et ami ne fait plus de concours en raison de son âge. Il n’y a plus trop de jeunes éleveurs pour prendre la relève. On ne recense que 150 ânesses reproductrices. En 2019,  il y a eu 22 naissances ; en 2020, 32 sur 45 saillies, et cette année, on ne compte que 18 naissances. Mais moi, l’an prochain, j’attends trois naissances. C’est une race à sauver !

                                                                                                                                        Catherine Gilot

Bruno Réchard

Bruno Réchard, rédacteur en chef du Petit Sarthois

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