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Christine Sallé, débardeuse en forêt avec chevaux de trait

Le bûcheronnage écolo pour Christine s’est imposé comme une évidence il y a de cela près d’une vingtaine d’années. Le débardage à cheval consiste à remplacer les machines par des chevaux de trait pour déplacer le bois coupé. Il s’impose comme mode alternatif et résolument moderne de travaux forestiers. Christinetravaille autant pour des privés que des collectivités, avec l’appui de ses 6 chevaux de trait, dont sa fidèle Ursula (photo). Nous sommes allés la rencontrer à Prévelle à l’est de la Sarthe et parler de ces forêts sarthoises qu’elle aime tant et qui ont tant besoin qu’on les protège.

Des courses hippiques aux chevaux de trait

Au départ c’est une rencontre il y a 20 ans avec Jean-Baptiste Ricard, débardeur bien connu en Sarthe pour avoir beaucoup travaillé dans les bois de l’Arche de la Nature. « Il m’a tout appris pendant 3 ans à ses côtés et puis j’ai eu envie de me mettre à mon compte ». Christine aime la relation avec ses chevaux, « Une relation de confiance qui met presqu’un an à se faire, obligatoire pour assurer la sécurité de l’un comme de l’autre. » Elle avait auparavant travaillé dans les chevaux de course dans la célèbre écurie de Grosbois (77) qui fait courir des chevaux au Grand Prix d’Amérique. « L’exploitation du cheval de course, en dépit de l’extrême soin apporter à l’animal, ne me correspondait pas en fait ». 

Une relation de confiance avec ses chevaux

Les chantiers de débardage ont pour préambule une visite sur site. Il faut étudier les degrés de pente, les distances aux zones de dépôts, l’humidité du sol, les essences et les tailles des arbres à débarder. « Nous travaillons en équipe avec des bucherons qui procèdent aux coupes, et souvent des tracteurs mécaniques complètent le travail des chevaux sur les chemins. » Christine dispose de 6 chevaux de trait, essentiellement des percherons. « Mes chevaux sont puissants mais les plus gros ne sont pas les plus efficaces Il faut aussi de l’endurance, de la souplesse et très important du mental comme Ursula, une jument exceptionnelle. »

Protection des sols et 0 pollution

Là où les machines tassent le sol, bloquent les sources et écrasent les plantes et racines d’arbres, le travail du cheval est sans conséquences pour l’environnement. « Ce que j’aime c’est revenir quelques temps après un chantier et voir comment la Nature a été préservée sans dégâts. Nos interventions favorisent la bonne santé des forêts. » explique Christine. De nombreuses collectivités font appel à ses services pour des chantiers « environnement » comme par exemple les zones humides, les tourbières où les tracteurs ne passent pas. « La tourbière de Parigné l’Évêque avait fait l’objet d’un débardage de plusieurs centaines d’arbres pour éclaircir la forêt qui étaient en train de se refermer et de perdre son rôle d’éponge. » Outre les forêts, Christine intervient de plus en plus dans les vignes à des fins de nettoyage dans le respect des pieds de vigne et de l’écosystème général. 

Crédit photo Jean Léon Dugast

Une efficacité complémentaire avec les engins motorisés

L’essence des arbres impacte fortement la difficulté du travail. « Débarder des hêtres à l’écorce lisse est beaucoup plus facile que pour les chênes, sans compter la densité de ce dernier qui, à volume égal, est plus lourd à tirer pour les chevaux. » Se contentant de passages de moins d’un mètre de large, le cheval respecte les sols fragiles et travaille sans bruit de moteur ni pollution. Le cheval, avec des performances variables selon l’attelage, la taille et forme des arbres à tirer et le terrain, peut traîner un cube maximal moyen (en traîne directe) de 1 m3, 1,5 pour deux chevaux. La performance monte à 2,5 m3 si l’on utilise un diable ou avant-train. « Notre rôle est d’acheminer les grumes vers les zones de stockage, avant enlèvements par les engins motorisés. »

Encadré

UN SECTEUR EN CROISSANCE

Depuis 2006, Débardage Cheval Environnement regroupe au niveau national les entrepreneurs de travaux forestiers spécialisés dans le débardage par traction animale pour valoriser leurs savoir-faire, et faire reconnaître leur profession. François Biocalti, bûcheron débardeur et membre de Trait Meuse, insiste sur le développement de ce mode alternatif de travaux forestiers : « contrairement à certains pays européens, le débardage à cheval est en croissance en France. Ce mode de travail ne peut être que cohérent avec les exigences de la certification PEFC qui préserve la qualité des sols », explique-t-il. Le coût de cette intervention combinée (débusquage à cheval et débardage par tracteur) est supérieur de 15 € par rapport à une méthode traditionnelle (uniquement par tracteur), ce qui reste minime au regard des avantages. « C’est une question de bon sens et il faut encourager ces pratiques », complète-t-il. 

Cette solution permet de remplir les 3 rôles de la forêt : écologique (maintien de la diversité, préservation des sols) social (emploi local non délocalisable) et économique (rentrée d’argent pour les producteurs forestiers).

Bruno Réchard

Bruno Réchard, rédacteur en chef du Petit Sarthois

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