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Une journée sur la Vègre avec Christophe Salin

En ce matin de juillet alors que la chaleur frappe la Sarthe, je décide de ne me rendre sur les bords de la Vègre … une petite rivière de la Sarthe qui prend sa source près de Rouessé-Vassé pour se jeter dans la Sarthe à Avoise. Le but de ma sortie naturaliste est d’aller à la rencontre de la riche biodiversité qui vit sur et les abords de cette petite rivière. Muni de Waders (cuissardes), assis dans l’eau sous mon filet de camouflage, je guette le moindre signe de vie derrière mon objectif photographique.

Asnières-sur-Vègre

Le jour pointe à peine … les premiers rayons de soleil viennent transpercer la légère brume à la surface de l’eau … l’attente n’est pas bien longue avant qu’un premier hôte sillonne les rives de la rivière. Un petit rat musqué remonte le courant avant de rejoindre son terrier. Il passe non loin de moi avant de poursuivre son chemin. Ces moments d’attente sont souvent des instants privilégiés où je me retrouve en osmose avec la nature.

Les minutes passent, un loriot chante dans la cime des arbres de la peupleraie voisine … un pic tambourine sur un vieux saule en dépérissement …. Puis un cri strident se rapproche de moi, un « chri-ti-tit » qui trahit l’arrivée d’une petite flèche bleue le martin pêcheur. Ce petit oiseau avec son plumage très coloré, son corps fuselé et son bec en forme de poignard est un fin pêcheur. Perché sur une branche, il guette les petits poissons avant de plonger comme une flèche dessus. Les tentatives de pêche ne se traduisent pas systématiquement de succès, bien au contraire même. Mais cette fois ci le martin remonte avec un petit poisson, un Vairon … il remonte sur sa branche avec sa proie dans le bec … il s’ébroue pour éliminer les gouttes d’eau emprisonnées dans son plumage imperméable avant d’assommer le petit poisson sur son perchoir … puis de l’engloutir … s’en suit une période de toilettage minutieux pour entretenir son plumage et ses performances …. puis la flèche bleue reprend sa route pour parcourir son territoire et notamment exclure les squatteurs.


Les heures passent … le soleil est désormais haut dans le ciel transperçant le feuillage des arbres le long de la rivière. Les températures à l’ombre dépassent désormais les 20°C … la vie bat son plein sur la rivière … un sentiment de plénitude m’envahit … je retire mon filet pour faire une pause et simplement profiter de cette ambiance paisible.

De nouveaux acteurs jusque-là absent viennent alors animer la vie de la rivière. Une espèce comme venue d’un autre temps avec sa tête globuleuse, un corps allongé surmonté deux paires d’ailes puissantes … une des plus grandes libellules que l’on peut rencontrer chez nous en Sarthe … le Cordulégastre annelé. Puissante et agile, elle sillonne les cours d’eaux et chasse à la surface de l’eau de petits insectes qu’elle capture en plein vol. Durant l’été, après avoir passé de 2 à 4 ans à l’état larvaire dans le lit de la rivière, la femelle dépose à nouveau ses œufs un à un dans l’eau par des mouvements verticaux de son abdomen.


En fin d’après-midi, je décide de me déplacer de quelques centaines de mètres le long de la rivière pour une nouvelle séance d’affût. Je dois reconnaitre ici que ce nouvel affût est l’objectif principal de ma journée photographique. Un endroit reconnu pour accueillir une famille d’un mammifère mythique de nos rivières qui pendant très longtemps avait disparu avant de recoloniser notre territoire à partir d’invités en provenance du Maine et Loir. Un mammifère parfaitement adapté à la vie aquatique, ressemblant à un gros rat avec des incisives et muni d’une queue plate en forme de palette ; un organe indispensable à la nage. Je vous parle ici du castor d’Europe. Discret et craintif, le plus souvent nocturne, la présence d’arbres cisaillés à leur base trahit la présence d’une famille de castors. Une famille se compose des deux adultes, les deux jeunes de l’année et les deux jeunes de l’année précédente. C’est en été qu’on peut l’observer plus facilement aux crépuscules mais il vous faudra vous munir de patience … se rendre totalement invisible et être à bon vent c’est à dire avoir le vent de face pour éviter que l’odeur humaine trahisse notre présence auprès du castor. Alors que les rayons de soleil se font moins puissants, que le crépuscule s’installe, un adulte castor se déplace à la surface de l’eau avant de plonger pour rejoindre l’entrée du terrier familial.

Cette apparition furtive viendra clore cette journée à la découverte et la rencontre de la nature de la Vègre. Nul besoin d’aller loin au bout du monde pour s’émerveiller devant une nature sauvage. Il vous suffit de parcourir dans le plus grand respect la nature auprès de chez nous en Sarthe.

Bruno Réchard

Bruno Réchard, rédacteur en chef du Petit Sarthois

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