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NATURE ET FORÊTS EN SARTHE

Les forêts sont de plus en plus sollicitées par les nouveaux besoins d’une société urbaine qui modifie de façon profonde et rapide ses rapports avec la nature. Les diverses demandes sociétales correspondent à trois grandes fonctions de la forêt : la production de bois, la fonction sociale (chasse, accueil du public, paysage…), la fonction écologique ou de protection (puits de carbone, régulation des eaux, biodiversité…). En France, la loi d’orientation forestière de 2001 a déclenché une approche globale et durable de la gestion des forêts. En Sarthe, les forêts recouvrent 20,1% du territoire (source CRPF), ce qui en fait le département le plus boisé de la région Pays-de-Loire. Les forêts sont privées à 90%, les autres sont la propriété de collectivités locales ou de l’État (Bercé, Perseigne et Sillé-le-Guillaume). Le Petit Sarthois est allé rencontrer les acteurs des forêts : l’Office National des Forêts, le Centre Régional de la Propriété Forestière, mais aussi le Conservatoire des Espaces Naturels ou la Ligue de Protection des Oiseaux. Nous avons aussi souhaité faire une place à des personnalités qui aiment les forêts comme Christine Sallé, débardeuse à l’aide de chevaux de trait, ou Sébastien Monthulé, photographe Nature que nous remercions pour ses clichés sublimes.

Crédit Photo Seb Monthulé

La forêt stocke le carbone

Ces forêts sont essentielles à plusieurs niveaux : pour la biodiversité d’abord, qui y trouvent le gite et le couvert ; et aussi pour l’être humain qui les exploitent au travers de la filière bois, essentielle à la vie économique pour le bâtiment, les emballages (le camembert par exemple), les palettes, notre magazine, etc…. En France, les forêts gérées durablement se comportent comme de véritables puits de carbone : 15 % de nos émissions brutes de gaz à effet de serre sont réabsorbées par nos forêts chaque année (source : CITEPA). En dehors des arbres et des plantes, l’humus, le sol et les arbres morts sont aussi des réservoirs de carbone, tout comme les produits à base de bois que l’on stocke dans nos maisons (charpente, meubles, panneaux, etc.).

Les aléas climatiques fragilisent certaines essences d’arbres en Sarthe

La Sarthe compte 125 000 ha de forêt (source CRPF) et voit sa surface augmenter. « Du fait de la déprise agricole et les plantations réalisées par l’homme, les forêts tendent à s’accroitre partout en France » nous explique Carole Le Néna, Responsable Développement au CRPF. « La forêt sarthoise est peuplée de feuillus à 60% (chênes, châtaigniers…) et de résineux pour 25% (pins maritimespins laricio, pins sylvestres). Le reste est composé de peupleraies (8,4%) et de forêts en mélange. » Les forêts de notre département connaissent quelques dépérissements, notamment dans la forêt de Perseigne avec l’attaque de Scolyte (voir page 13 reportage sur l’ONF). L’encre du châtaignier est aussi une menace qui se répand dans nos régions. La succession de périodes pluvieuses, bénéfiques à la multiplication d’agents pathogènes, et de périodes de sécheresse, engendre des dégâts importants et rapides. Les arbres soumis à ces stress hydriques se retrouvent sans aucune résilience avec un système racinaire nécrosé. Le châtaignier nécessite une sylviculture dynamique, mais des interventions douces sans tassement de sol, comme le débardage avec chevaux de trait (voir page 8).

Des forêts françaises gérées durablement

La gestion de toutes les forêts françaises, qu’elles soient publiques ou privées, est encadrée par le Code forestier. Le suivi de la règlementation des coupes en forêt privée est assuré par la Direction Départementale des Territoires (DDT). En forêt publique, des gardes forestiers ont un rôle de police, afin d’assurer la surveillance des massifs et d’éviter ainsi les atteintes à la forêt. En France, nos politiques ont fait le choix d’une gestion durable des espaces forestiers au travers de la loi d’orientation forestière de 2001. Cela se traduit par la prise en compte des 3 composantes de la gestion durable, à savoir économique, environnemental et social, au même niveau et dans un même lieu. 

Le saviez-vous ?

Depuis plus d’un siècle, la superficie de la forêt métropolitaine augmente. En 1908, elle couvrait 19 % du territoire avec près de 10 millions d’hectares. Elle en couvre désormais 31 % avec 16,9 millions d’hectares. Le stock de bois présent en forêt a progressé également très fortement, avec + 50 % entre 1985 et 2010.

Crédit photo Seb Monthulé

Un ensemble vivant (source ONF)

Végétaux, mammifères, oiseaux, insectes… En surface comme en sous-sol, les forêts abritent une multitude d’espèces animales et végétales. Elles ont besoin les unes des autres, mais aussi de la forêt pour vivre. L’interdépendance entre les différents maillons de la chaîne alimentaire pourrait se présenter ainsi : les feuilles nourrissent les chenilles qui seront à leur tour consommées par la mésange, qui servira de proie à l’épervier…Les consommateurs primaires (herbivores ou granivores) comme les chevreuils, les écureuils ou encore les chenilles, se nourrissent de tissus végétaux. Les consommateurs secondaires (carnivores ou insectivores) tels que les hiboux ou les taupes se nourrissent des consommateurs primaires. Enfin, les consommateurs de troisième ordre sont des carnivores qui se nourrissent d’autres carnivores, comme le rapace qui mange une couleuvre, qui s’était elle-même nourrie de lézards. Les recycleurs, quant à eux, s’attaquent à tout ce qui est mort : les insectes fragmentent les débris tandis que d’autres, essentiellement des bactéries, champignons et vers, en digèrent les molécules organiques pour les transformer en éléments simples. Assimilés par le sol, ils contribuent à la nutrition des producteurs primaires, comme les végétaux. 

La problématique des feux de forêts en Sarthe

Les feux de végétation (forêts, bois, broussailles, récoltes, herbes sèches) représentent en moyenne 14 % de l’activité incendie du Service Départemental Incendie Secours 72. En 2020, la Sarthe a été le département ayant réalisé le plus d’interventions pour feux de végétation parmi 20 départements de la zone Ouest.  On se souvient des feux dramatiques ayant touché les communes de Saint-Mars d’Outillé ou Mulsanne ces dernières années. Cette problématique est susceptible de s’accroître dans les années à venir avec les effets du changement climatique. Face à cette situation, un dispositif appelé « Les sentinelles de la forêt » vient d’être lancé conjointement par le SDIS 72, le préfet, le département et Le Mans Métropole, afin de mettre en œuvre un système de vidéo détection et de localisation des feux d’espaces naturels. Ainsi, un réseau automatisé de surveillance par caméras sera installé sur 16 points hauts (7 châteaux d’eau et 9 pylônes) de la Sarthe. La surveillance est réalisée sur la période comprise entre le 1er mars et le 30 septembre. Un opérateur est dédié en permanence à l’exploitation du système de caméras.

Les CRPF : pour une gestion durable de nos forêts.

Pour donner une cohérence à la gestion des forêts privées françaises, les délégations régionales du Centre National de la Propriété Forestière (CNPF) ont été créés en août 1963. Cet établissement public à caractère administratif fournit des conseils techniques aux propriétaires forestiers privés au travers de formations ou de visites individuelles en forêt et agrée les documents de gestion durable. L’un de ces documents, le Plan Simple de Gestion (PSG), est obligatoire sur les propriétés de plus de 25ha de forêt. Il permet au propriétaire de planifier les actions qu’il entend mener dans son bois pour une période donnée (10 à 20 ans). Pour être agréé, le PSG doit être conforme au Schéma Régional de Gestion Sylvicole, document cadre de la gestion des forêts privées à l’échelle régionale. Un propriétaire peut être contrôlé à tout moment par la DDT, pour vérifier le suivi du PSG. S’il ne respecte pas ses engagements, il s’expose à des amendes. Pour mettre en œuvre sa gestion, le propriétaire privé peut faire appel à différentes structures, telles que les coopératives forestières, des experts forestiers, des gestionnaires forestiers professionnels (GFP) ou bien passer directement par des exploitants pour les propriétaires les plus aguerris.

Plus d’informations : www.cnpf.fr

Bruno Réchard

Bruno Réchard, rédacteur en chef du Petit Sarthois

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